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vendredi 12 février 2016

Mon œil solitaire

Quand je serai vieux,
L’horizon ne m’éblouira plus.
Je reviendrai à la maison
Retrouver les meubles et l’odeur.
La lumière n’y sera pas sans beauté.

Je garderai la maison
Je n’en sortirai plus.
Mes amis m’y rejoindront,
S’ils se reconnaissent dans mon œil solitaire.

À partir de ce jour
Mon regard ne sera plus que pour eux.
Ils savent mon adresse et ma chance.
Ma maison ne sera plus une place forte
Où je me défendais contre moi-même.

Las, j’abandonnerai les frontières
     aux délateurs et aux traîtres.
Ma maison sera une maisonnée.

Pierre Rousseau. Les fillettes du roi, Guérin Éditeur, 1998.
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samedi 6 février 2016

Le noir sort

Je ne peux réparer le temps
Comme je ne peux réparer 
     la vague brisée.

Le temps me bat
     À me faire mal.
Qui entend mes cris ?

Mes pas martèlent
les pavés
Au lieu de les lancer
dans la vitrine.

Mes yeux sont battus
     Comme la terre.
Mon regard ne me mène pas
toujours
     Où je veux.

Sournois, le temps mêle
les cartes.
     Le noir sort.
     Je coupe.

 
Pierre Rousseau, Les fillettes du roi, Guérin Éditeur, 1998.
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mardi 2 février 2016

Saveur du large

Hier encore, petit enfant confit,
.....je regardais par la fenêtre fermée.
J’avais le goût de partir.
Il me manquait la saveur du large.
Le vent ne pénètre jamais la matière cristalline.

Mes pensées ne savaient pas encore l’adulte
.....et la dureté des hommes.
Désespéré devant mon irréparable naissance,
.....mon ombre noircissait le chemin vivant.
Poète maudit, je m’évadais par la porte
.....entrouverte.
Mais, l’ombre de mon corps fragile
.....prenait quelque retard,
.....me tirait en arrière.

Je tendais mon esprit
.....vers un autre lieu,
.....mais je restais là.
J’avais peur.
Mes préjugés futiles faisaient en sorte
.....que les hommes
.....ne devaient pas compter
.....sur ma venue.

N’étais-je destiné qu’à moi-même ?


Pierre Rousseau, Les fillettes du roi, Guérin Éditeur, 1998.
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jeudi 7 janvier 2016

Le temps

Les aiguilles aux horloges
Des églises et des clochers
Ne distribuent pas le temps :
Elles en indiquent le terme.

Dans les clepsydres,
L’eau rejoint le temps.
Aussi, le sable dans le sablier.
Ainsi se forme les mers et les îles.
L’horloge varie.
L’espace quelques fois.
Jamais le temps.

L’horloge ne sert qu’à noter le temps
Pour démarquer les heures,
Les jours de la semaine,
Le quantième du mois,
Les phases de la lune,
Le lever et le coucher du soleil,
L’ouverture de tes bras.

À quoi sert une précision de -10³³,
S’il n’y a rien de plus précis
Que le cadran solaire...

Le temps n’existe
Que pour ceux qui attendent.


Pierre Rousseau, Les fillettes du roi, Guérin Éditeur, 1998.
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